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jeudi, 14 décembre 2017

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Philippe Martinez. « Notre rapport aux salariés doit être une obsession »

  • Publication : lundi 25 avril 2016 06:07
  • Écrit par CGT-EM
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51 congres dela CGT : interview de Philippe MARTINEZ par La marseillaise ..

 Philippe MARTINEZ  Réélu à la barre de la Confédération générale des travailleurs à l’occasion de son 51e congrès, le Secrétaire général réaffirme la détermination d’une CGT offensive. Le Secrétaire général de la CGT a été confirmé à son poste par un millier de congressistes réunis à Marseille. Un score de 95,4% de voix favorables propulse l’ancien salarié de Renault Boulogne-Billancourt un peu plus haut que son prédécesseur, élu en 2013, avec 95,2% des voix, avant de démissionner début 2015. La CGT, fait son autocritique et sort de ces affaires internes renforcée dans ses bases. Son comité confédéral national avait choisi Philippe Martinez à la tête du syndicat. Mais il n’avait pas été élu, comme le veut la tradition cégétiste, par le Congrès. Dans les clous depuis hier, la CGT réactive sa combativité avec une priorité claire : faire battre en retraite le projet de casse du code du travail.

La Marseillaise. Cette semaine s’est tenu un 51e Congrès très attendu. Il devait permettre en partie de lever des incertitudes quant aux orientations de la CGT. Quel a été l’état d’esprit qui a dominé les débats ?

 

Philippe Martinez. Nous avons pu vérifier le sens de la fraternité. Difficile de résumer la teneur des débats mais, dès lundi, nous avons insisté pour que les échanges soient le plus francs possible dans les avis sur nos orientations et notre stratégie. Nous ne voulons pas d’une CGT monocorde et aseptisée. Ce n’est pas notre notion de la démocratie interne. Ce Congrès a permis à chacun de s’exprimer. Nous avons défini des orientations qui constituent la feuille de route pour une organisation rassemblée et unie. Nous pouvons nous féliciter d’être au cœur des préoccupations d’actualité. Si nos positions ne sont pas du goût de tous, elles sont claires : rassembler et mobiliser contre le projet de casse du code du travail avec l’alternative du progrès social.

La Marseillaise. Quels sont les moyens mis en œuvre pour faire vivre ces résolutions ?

 

Philippe Martinez. Nous avons pris des décisions. Les résolutions adoptées sont le résultat de la diversité du débat. On discute et amende. Après, les textes sont la propriété des tous les syndiqués. Ce n’est pas aux adhérents mais à la CGT de s’adapter aux revendications. Nous avons dit que toute forme d’action doit être envisagée dont la grève et sa reconduction font partie. Mais pour cela, il faut des AG où ces questions seront mises en débat car rien ne se décide sans l’accord des salariés. Nous sommes résolument déterminés à construire un rapport de force d’envergure en organisant des assemblées de personnels où nous proposons d’agir tous ensemble afin que le 28 avril la grève soit massive dans tous les services. Le retour des camarades qui ont déjà convoqué des AG est positif. S’ouvre déjà une possibilité de forte mobilisation. Soyons confiants, si nous sommes nombreux nous imposerons nos choix.

La Marseillaise. Vous affirmez que la CGT est une organisation moderne. Les 32 heures en sont-elles une illustration ?

Philippe Martinez. Oui, la CGT est force de propositions. Oui, elle est moderne quand elle propose un statut social et la sécurité professionnelle, quand elle propose de travailler moins et tous (les 32 heures), quand elle propose une autre répartition des richesses pour permettre l’augmentation des salaires et pensions. Ce qui fait notre force c’est notre rapport aux salariés qui doit être une obsession quotidienne. Si nous sommes un système de classe, nous sommes aussi un système de masse. Une tendance qui se confirme dans la manifestation avec l’arrivée de nouveaux syndicats. Ouvrons grand nos portes à la jeunesse, aux femmes pour que l’égalité devienne une réalité. Donnons- leur des responsabilités. Tout cela renforce notre opposition au gouvernement et au patronat.

La Marseillaise. Quelles sont les prochaines perspectives intersyndicales ?

Philippe Martinez. Deux rendez-vous sont lancés aujourd’hui. Le 28 avril et le 1er mai, avec la même configuration sur les deux journées. C’est le résultat de la mobilisation que FO soit présent le 1er mai. Et je m’en félicite. Une réunion de l’intersyndicale se tiendra la semaine prochaine où on prendra des décisions ensemble. Nous avons réaffirmé notre conception du syndicalisme rassemblé et on veut travailler avec tout le monde. On avance avec ceux qui souhaitent avancer avec nous. Ce que nous faisons avec les organisations syndicales de salariés et les organisations de jeunesse pour le retrait du projet loi Travail. Sur d’autres sujets, comme le racisme, nous travaillerons aussi avec ceux qui le souhaitent avec un périmètre différent. Mais également, sur la question de la répression syndicale, le 23 septembre 2015, j’avais interpellé la Ministre de la Justice sur la loi d’amnistie pour les syndiqués qui subissent l’arbitraire patronal. C’est plus que jamais d’actualité et nous serons au rendez-vous des GoodYear en octobre.

La Marseillaise. Et là où la CGT fait défaut ?

Philippe Martinez. Il y a en effet un déficit de 300.000 salariés, qui n’ont pas le choix de voter pour la CGT parce que nous ne sommes pas présents dans leur entreprise. C’est énorme. Il nous faut voir pourquoi et comment faire pour que la démocratie sociale puisse s’exercer. Autre enjeu important : les élections TPE de fin d’année. La CGT avait réalisé un excellent score la dernière fois, mais il faut gagner en terme de votants. On a un plan de travail précis et, ces dernières semaines, la mobilisation y est pour beaucoup, on a des résultats électoraux intéressants dans la métallurgie, dans le commerce ou dans la sécurité où on a réussi à s’implanter.

La Marseillaise. Quel sera le rôle des nouveaux membres de la commission exécutive ?

Philippe Martinez. Les nouveaux membres de la commission exécutive confédérale (les négociateurs de l’assurance chômage n’ont pas changé, ni celui qui suit le dossier de la campagne pour les 32 heures) seront chargés d’impulser la mise en œuvre des décisions débattues et validées depuis lundi par le congrès. Ils sont associés aux réflexions. Il n’y aura pas d’experts ou spécialistes sur telle ou telle question. Dès la semaine prochaine nous réfléchirons à la répartition des tâches.

La Marseillaise. Gattaz a donné une version du dialogue social on ne peut plus restrictive. Que lui répondez-vous ?

Philippe Martinez. Pour lui, soit on est d’accord avec le Medef, soit on ne discute pas. Contre ce chantage nous imposons la prise en compte des revendications des salariés. Une réunion est prévue, mais il y a un problème de date. Nous demandons à revoir cette date.

Propos recueillis par Myriam Guillaume (La Marseillaise, le 23 avril 2016)